• Broussaud, L’Archiduchesse de la chaussette – Episode 1

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    Dresser le portrait d’une belle histoire remplie d’espoir dans un secteur sinistré, telle est mon envie du jour. Cette aventure industrielle dont je vous vais vous parler est pour moi un exemple, une porte de sortie favorable pour les usines de confection françaises. Oui ! Depuis 2006, Broussaud Textiles, fabricant français de chaussettes et collants situé dans la petite commune Les Cars, près de Limoges, sort son épingle du jeu en pleine crise du textile. Un succès croissant pour cette petite fabrique familiale de 80 ans qui a su rebondir en suivant un modèle économique novateur adapté au marché.

    Je préfère d’abord vous faire le récit de cette petite entreprise depuis sa création jusqu’à son état des lieux de 2006. Cela dans le but que vous compreniez mieux le virage pris par Broussaud et qui fera l’objet d’un deuxième billet.

    Une histoire similaire aux autres industries textiles en France…

    Fondée en 1938, les établissements Broussaud sont une des plus anciennes et prestigieuses fabrique française de chaussettes et de collants au sein du Limousin. C’est une petite entreprise familiale qui parvient à employer jusqu’à 250 personnes dans les années 1960. Elle est prospère, la bonneterie française se porte alors très bien. Elle mise sur la qualité et un savoir-faire traditionnel qui nécessite sept ans de formation interne pour maitriser pleinement tout la chaîne de production.

    Dans les années 1970 et 1980, toute l’industrie de l’Hexagone est touchée par la crise économique, et Broussaud, pour remporter des marchés et rester dans la course, commence, comme tant d’autres, à être dans l’obligation de casser les prix, en proposant des volumes plus importants, pour satisfaire des clients plus exigeants en matière de coût.

    En 1995, premier coup de massue pour cette vieille entreprise qui connaît son premier dépôt de bilan en raison d’une concurrence toujours plus féroce des pays étrangers et à cause de la bataille des prix. Le plan de redressement sur dix ans pousse l’entreprise à devenir importateur. Elle parvient à rembourser sa dette en générant quelques bénéfices. Mais à peine sortie de cette période difficile, cette petite fabrique est victime de l’importation en masse des produits Made in China et autres pays émergents. Impossible pour elle de s’aligner sur des prix hallucinants : une chaussette chinoise à 5 centimes d’euros contre une chaussette française de la firme à 1,80 euros !

    En 2006, la liquidation du fabricant de chaussettes de Haute-Vienne est prononcée laissant sur le carreau 90 salariés.

    L’aventure de cette industrie textile aurait pu s’arrêter là ; elle aurait pu jeter l’éponge comme beaucoup d’autres considérées non viables. Un peu à l’image de cette autre manufacture française célèbre qui évoluait aussi dans le secteur de la bonneterie : Doré Doré. Celle-ci avait été reprise au début des années 2000 par un entrepreneur italien qui a préféré, en 2011, pour raison de rentabilité, fermer l’entreprise en France. Il rapatrie alors toutes les installations et fait fabriquer en Italie. Un exemple parmi d’autres qui décrit une perte significative pour l’économie locale, nationale, et sociale.

    … Puis une première rencontre qui a tout changé

    Aymeric Broussaud, représentant la 3ème génération de la fabrique, ne se résout pas à abandonner. La rencontre avec Alain Berest est un tournant majeur. Il vient de fonder Patrium qui a pour vocation de sauvegarder le tissu industriel des régions, développer l’emploi et promouvoir le Made In France. Il rachète l’entreprise et laisse la direction à Aymeric pour donner un nouveau souffle à cette petite industrie.

    Les deux hommes ont une approche pragmatique de la situation et de l’avenir du secteur textile.

    Un premier constat est fait : rester compétitif en produisant en France est bien trop difficile à la vue du poids des charges, des salaires, et du coût généré par le circuit de distribution traditionnel. Ce dernier implique de faire appel à des intermédiaires qui appliquent chacun leur marge se répercutant sur le prix final. Pas étonnant que les marques préfèrent se tourner vers des firmes étrangères et notamment asiatiques, où la main d’œuvre est bon marché et ce schéma inexistant.

    Deuxième constat : une force sous-estimée depuis le déclin de l’industrie du textile. Il s’agit du savoir-faire français avec ses machines-outils et son fait-main, combiné à des valeurs humaines pour confectionner des chaussettes et des collants d’une qualité exceptionnelle qui ont fait la célébrité de la Maison Broussaud.

    Troisième constat : depuis 2000, on sent que la façon de consommer, de communiquer et les méthodes de ventes sont en plein mutation. L’arrivée de l’internet tout public commence à bousculer les mentalités et fait exploser le commerce électronique.

    Ces constats contribuent à une remise en question totale de Broussaud Textiles qui change radicalement de philosophie. L’entreprise renonce à essayer de concurrencer les fabricants étrangers. Elle désire se centraliser sur des valeurs et le savoir-faire français de la chaussette de qualité, positionnée moyen à haut de gamme, pour rappeler la gloire d’antan. Pour maitriser les coûts et faire bénéficier le consommateur d’une chaussette Made in France à un prix raisonnable, Broussaud crée sa propre marque pour de la vente directe du fabricant au client final. La firme ouvre une boutique d’usine dans ses locaux et, parallèlement, investit internet. Cette relation de proximité avec le client permet à l’entreprise de repérer des besoins, de répondre aux attentes en terme de produits et de services.

    Un virage courageux mais nécessaire est pris, et l’avenir va donner raison à ce changement au détour d’une deuxième rencontre avec un grand bonhomme du web. A suivre…