• Broussaud, L’Archiduchesse de la chaussette – Episode 2

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    la réussite de Broussaud

    Je vous ai promis la suite de l’histoire de Broussard Textiles, la voici. Pour rappel, je me suis arrêtée en 2006, période à laquelle une grande remise en question de la stratégie de la firme a été réalisée. La petite fabrique fraîchement rachetée par Alain Barest, dirigée par Aymeric Broussaud repart sur des bases assainies.

    Un véritable pari sur l’avenir

    L’aventure est en marche et un entrepreneur bien connu sur le web, Patrice Cassard fondateur de la Fraise.com, s’intéresse à cette petite fabrique de chaussettes. Toujours en quête de projets nouveaux et innovants, il comprend les enjeux de Broussaud et voit en sa stratégie un moyen de réaliser un concept marginal, très adapté à l’e-commerce. La rencontre entre Aymeric et Patrice est le début d’une collaboration originale qui fera naître les célèbres chaussettes colorées d’Archiduchesse. Cette entente confirme naturellement à Broussaud Textiles qu’il est nécessaire de se recentrer sur des marchés de niche de la chaussette, devenue accessoire de mode. L’établissement constate aussi qu’il a raison de se concentrer sur le Made in France en prônant la qualité des produits et des services, et de profiter des possibilités d’internet.

    La petite industrie familiale se met donc à fabriquer des chaussettes selon le cahier des charges fourni par Patrice Cassard pour sa marque Archiduchesse. En fin connaisseur du net et fort de son expérience avec son site LaFraise.com (dont il a revendu les parts en 2006), M. Cassard investit les réseaux sociaux et annonce la couleur (de ses chaussettes Made In France). Fin 2008, dans le blog dédié à son projet Archiduchesse, il fait comprendre aux internautes que fabriquer en France est indispensable car elle rentre dans le cadre d’une démarche citoyenne et responsable qui préserve la création et les emplois en France. La majorité d’entre eux adhère à cette démarche.

    Le ton décalé étant la griffe principale de cet entrepreneur clairvoyant, Archiduchesse propose, pour démarrer, une seule gamme bouclette 100 % française déclinée en 30 coloris différentes, des neutres jusqu’aux plus flashy. Un concept de site e-commerce plus qu’original à l’époque, qui voit le jour courant 2009, et qui, en moins d’un an, remporte un succès qui semblait improbable.

    L’avantage pour le fabricant et la marque est de pouvoir travailler en direct pour répondre au plus près aux besoins du consommateur final en terme de qualité produit et de service. Les gammes d’Archiduchesse se créent et évoluent à coup d’interactions sur les réseaux sociaux et grâce à une relation client bien menée. Broussaud, réactif et désireux de s’adapter à un engouement de plus en plus massif, continue de fournir en exclusivité la marque et explose avec elle.

    Une success story qui contribue à la renommée et à la renaissance de la petite entreprise familiale.

    En 2012, « victime » de sa réussite, Archiduchesse a même fait l’objet d’une contrefaçon totale de la part d’un site chinois, qui n’a heureusement pas entaché la réputation des deux entités.

    Broussaud Textiles séduit et continue son ascension

    Depuis 2010, la stratégie est payante, Broussaud ne cesse de se développer. La fabrique travaille à la modernisation de ses installations, embauchent et assure une formation en interne très poussée. Elle compte maintenant plus de 30 salariés, le chiffre d’affaires est en progression constante, elle est désormais bénéficiaire.

    Forte de son expansion, l’entreprise de chaussettes, qui s’applique à travailler avec d’autres industriels français notamment pour ses fils et ses teintures, est devenu un acteur important dans le secteur textile en contribuant au maintien de ces partenaires nationaux, et en les tirant vers le haut.

    Aujourd’hui Broussaud Textiles a l’image qu’il souhaitait. Celle associée au Made in France, à la qualité, à un service sur-mesure capable de fabriquer en très petites quantités ou en très grandes, tout en suivant des cahiers des charges complexes. Les petites chaussettes s’exportent aussi en Europe et… En Chine ! Un beau pied de nez de la chaussette Made in France, vous ne trouvez pas ?

    Cette stratégie a séduit les grands noms du luxe comme Jean-Paul Gaultier, attaché à la « french touch », mais aussi la styliste Stella Mc Cartney pour ses collections originales. Les grandes enseignes telles que Royalties et Bonne Maison, pour ne citer qu’elles, se mettent sur les rangs.

    L’explosion du e-commerce et la volonté affichée, en 2012, du gouvernement de promouvoir le Made In France font naitre des e-commerces qui souhaitent créer leur propre marque en mettant en avant le 100 % Made In France. C’est ainsi que le Slip Français, site internet qui crée le buzz la même année en surfant sur le fabriqué français en mode sous-vêtements, fait aussi appel à Broussaud pour compléter son offre et concevoir des chaussettes pour sa marque. On observe alors que les sites marchands contribuent massivement au développement de l’économie locale, revalorisant le façonnage français d’autrefois avec des machines-outils très vintage qui font son charme.

    Fin 2013, l’entreprise se voit même confier la confection de 5000 chaussettes pour la première ligne de vêtements de l’artiste belge Stromae. Il fabrique un modèle déposé par le chanteur qui s’accorde avec ses tenues aux motifs colorés et géométriques. C’est un bon coup médiatique pour la petite manufacture qui répond au souhait de Stromae de valoriser des partenaires « européens et éthiques ».

    Selon moi, Broussaud Textiles est devenu, loin sans mal, le modèle économique à suivre pour l’industrie textile en souffrance en France. Sa stratégie a bouleversé les modes établis, et a certainement contribué à une prise de conscience nationale sur les problèmes générés par une mondialisation excessive cannibalisante.

    Source photo : Pixabay, SnapwireSnaps