• Acheter de la layette fabriquée en France, un défi ?

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    C’est en échangeant quelques points de vue avec la fondatrice d’un site e-commerce que m’est apparu un casse-tête qui paraît insoluble. Peut-on encore trouver des vêtements de bébé fabriqués en France ? On pourrait penser que oui, mais la réalité est tout autre.

    Si l’hexagone a connu son heure de gloire dans la production de textile pour bébé, on constate aujourd’hui qu’il en est de même que pour les autres pièces d’habillement, la production a très largement été délocalisée dans la principale usine mondiale qu’est devenue la Chine.

    Il y a quelque temps, la marque Petit Bateau faisait l’actualité du magazine Que choisir. Le mensuel révélait la manière dont l’enseigne jouait sur les mots en laissant penser que l’intégralité de sa production était réalisée en France. L’enquête révélera pourtant que 80% de celle-ci est issue du Maghreb. Les grosses étiquettes Maison française de qualité depuis 1893 ne servant qu’à renforcer l’image de la marque dans un contexte où la référence du Made in France est un argument publicitaire de poids.

    On pourra aussi citer la marque Petit Béguin, spécialisée dans la mode enfantine, qui communique sur le fait que les études de ses modèles ou son bureau de design sont situés dans le Nord (59) mais qui, comme la plupart de ses concurrentes, fait coudre ses produits en Chine.

    Faut-il jeter la pierre à ces marques de layette ?

    La fondatrice du site Babystock que j’ai contactée est très directe sur le sujet. « Les consommateurs sont-ils prêts à mettre le prix du Made in France pour des vêtements qu’un bébé ne portera souvent que quelques semaines ? La plupart du temps la réponse est non ».

    layette
    De très rares marques peuvent encore se le permettre, comme Tartine et Chocolat. Positionnée en très haut de gamme, elle peut commercialiser un pyjama bébé à 80 euros, mais combien de jeunes mamans peuvent s’acquitter de cette dépense ?

    « Par conviction personnelle, je m’attache à travailler au maximum sur des productions européennes. Le Portugal représente 50% de mon approvisionnement. Ma gamme de brassière pour bébé par exemple provient exclusivement de ce pays » nous dit Christine, la gérante du site.

    « Mais pour 50% de mon approvisionnement, les produits viennent d’Asie. Comment voulez-vous vendre un body à 5 euros autrement ? J’ai bien testé une offre de vêtements bébé bio issus du commerce équitable, le stock a duré 2 ans, pourtant je les bradais, mais 3 euros de plus font souvent la différence, ma clientèle n’achète plus ».

    Éthique ou porte-monnaie : le dilemme.

    Dans un contexte de crise, le cercle vicieux se referme. L’habillement de bébé est plus particulièrement touché, car la main d’oeuvre représente la plus grande part du coût des produits, la matière ne représente qu’une faible partie à cause de la petite taille des articles.

    Nul besoin de rappeler qu’en France, c’est justement le coup du travail qui n’est pas compétitif si on le compare aux pays usines tels que l’Inde ou la Chine. On en vient même à perdre le savoir-faire pour certaines fabrications qui ont depuis longtemps quitté l’hexagone.

    cotonEt si on pousse la réflexion plus loin.

    Christine me fait remarquer qu’en abordant l’angle de l’éthique, la situation est encore plus complexe. On pourrait en effet se gargariser d’une fabrication française, mais dans quelle mesure le serait-elle vraiment ?

    « Le coton par exemple, provient des États-Unis, de Chine, de Russie ou d’Afrique. Dans la plupart des cas, les méthodes d’irrigations sont contraires aux principes écologiques. Il suffit de voir ce que sa culture intensive a provoqué comme dégâts sur la mer d’Aral. Dans ces conditions, au-delà du Made in France, il pourrait aussi être souhaitable de raisonner plus largement. Moi qui vends des vêtements de bébé, je m’interroge sur la planète que nous laisserons à nos enfants.

    Le chanvre pourrait être une solution écologique viable. Sa fibre est très adaptée à l’habillement et il pousse parfaitement en France, mais une fois de plus, on revient à la problématique du coût du travail ».

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    Pour conclure

    Malgré les bonnes volontés, les bonnes idées, on constate qu’il est parfois difficile de concilier les contraintes économiques mondiales, la gestion de son budget, et ses aspirations étiques.

    Il existe heureusement quelques entreprises françaises qui arrivent à résoudre l’équation grâce à des savoir-faire spécifiques, une image de marque franco-française encore exportable, mais pour certains pans d’activité, faut-il se résigner ?

    Crédits photo : Pixabay – CNES 2010 – VITO – Flickr